La fertilité des sols part en poussière

Moins productives et moins nombreuses, les terres arables ne suffiront bientôt plus à nourrir l’humanité.

Au cours des cent dernières années, un milliard d’hectares de terres fertiles, l’équivalent de la surface des États-Unis, se sont littéralement volatilisés.

Entre 25 et 40 milliards de tonnes de l’épiderme de la planète sont emportés chaque année à cause de l’érosion, du tassement, de la perte de nutriments et de biodiversité, de l’acidification, des pollutions, de l’engorgement ou encore de la salinisation. Épaisse de 30 cm en moyenne, cette couche féconde est un formidable réacteur biologique qui abrite d’intenses échanges biologiques et physico-chimiques, et rend d’immenses services. Elle fournit les éléments indispensables à la croissance végétale, filtre l’eau, contrôle l’alimentation des nappes souterraines, régule le cycle du carbone et de l’azote et constitue l’habitat de près de 80 % de la biomasse ! «C’est le milieu le plus riche de notre environnement », résume le microbiologiste Claude Bourguignon, fondateur du Laboratoire d’analyse des sols.

Outre l’érosion, l’appauvrissement en matière organique est l’autre menace qui pèse sur la fertilité. Depuis les années 1950, la teneur des sols en nutriments et en humus, l’engrais naturel des plantes, a baissé d’un tiers.

En cause : les pratiques agricoles. En retournant profondément les sols, les labours perturbent la vie souterraine et les échanges biochimiques. Les gaz carboniques s’échappent, la matière organique qui s’en nourrit se réduit, la faune disparaît et avec elle le mécanisme d’ascenseur qui brasse nutriments et minéraux.

Résultat : l’humus est balayé par les eaux, tandis que l’argile, où se concentre le garde-manger des plantes, laisse place à une simple boue gluante. 

 

Le contrôle de la dynamique microbienne des sols sera sans doute le moyen le plus efficace de sauver ces terres, même les plus abîmées, en leur fournissant les moyens de doper naturellement leur fertilité.